A la recherche de l'ambre jaune.

 

Miguel Plaza a proposé une sortie sur le site de Plasselb, dans le canton de Fribourg, où l’on trouve de l’ambre et quelques fossiles.  Le jeudi de l’Ascension, c’est un groupe harmonieux  qui se retrouve sur le parking de la gare de Versoix, puisque sur douze personnes,  seniors adultes et juniors sont proportions exactement égales (en revanche l’élément féminin n’atteint pas la parité puisqu’il ne représente que 4,8 % ).

Un peu plus de 90 minutes de route agrémentée notamment par la musique notamment des Ratals Picards, nous amènent à pied d’œuvre. Ni trop chaud ni trop froid, le temps est idéal.

Après une descente assez raide, il faut traverser une petite rivière. En bottes où à pieds nus, l’obstacle n’est pas insurmontable.de l’autre côté, c’est une  pente cette fois très raide qui nous amène sur une plate-forme invisible depuis la rive, assez  étroite et sans confort. Le terrain est constitué de flysch, terme que les géologues utilisent pour désigner un mélange de grès, et de schistes plutôt visqueux, qui s’est  constitué lors d’avalanches sous-marines Outre l’ambre, il présente pas mal de traces de fossiles. Sur ces explications  hautement techniques, les travaux de déblaiement peuvent commencer.

Tandis que deux valeureux mineurs (Miguel et André Gustiaux le plus souvent) montent au front, creusant la terre à l’aide de pioches et la déversant à la pelle, le gros de la troupe, faute de place, se contente de faire la chaîne pour évacuer les seaux fraîchement remplis. A vrai dire, cette activité est assez frustrante puisque toute la glaise que nous dégageons a en fait été remise en place par quelqu'un. En cours d’effort, on tombe sur des pelles brisées, des récipients et quelques autres objets laissés sur place.

Enfin après plusieurs heures de labeur la couche ambrifère est atteinte. Nos pionniers munis maintenant d’une masse et d’un burin dégagent quelques bocs intéressants qui sont décortiqués à l’arrière. De jaune clair à rouge foncé, les pastilles d’ambre sont au rendez-vous, et chacun pourra emporter un précieux butin. Il s’agit ici d’un ambre de pins, formé probablement à la même époque que celui de la Baltique, mais ne se présentant jamais libre, et dépourvus d’inclusion. Bien qu’on puisse supposer que le gisement se poursuit sur un bon bout de l’arc alpin, et qu’on en ait recueilli des spécimens à Allinges, en France, il y a une centaine d’années, Plasselb est le seul endroit où  il a été repéré en Suisse.

Vers 16 heures, quelques gouttes de pluie nous font refluer en bon ordre vers le minibus. Il ne reste plus qu’à rentrer à Genève, mais l’aventure n’est pas terminée. Comme on vient d’entamer la descente, une antique 2 CV arrive à toute allure en sens inverse sur la route étroite. Bang ! Le véhicule déglingué a éraflé  le flan de notre van et poursuit sa course sans s’arrêter. Hélène, rapide, a noté son numéro de plaques. Elle appelle la police tandis que Miguel se lance à sa poursuite. Après 2 kilomètres environ, son flair professionnel le conduit à bifurquer sur une route secondaire menant à une carrière. Coup de chance : la vieille Citron pourrie de notre chauffard est  là, garée près d’une roulotte qui est le domicile du fuyard. Torse nu, vêtu d’un seul pantalon blanc, il se chauffe les pieds à un feu (par 28  degrés !). Se voyant repéré, il hésite entre des injures en suisse allemand et une offre de boire le café avec lui. Puis il tente de s’enfuir à nouveau. Miguel le bloque, les deux manquent d’en venir aux mains, enfin la police fribourgeoise arrive. Il faudra encore pas mal de temps pour interroger le marginal, soudain doux comme un mouton consigner les dépositions, et nous repartirons avec un retard conséquent, non sans que Miguel ait offert un échantillon d’ambre à sa blonde collègue qui ignorait tout de cette spécialité locale.

 

Olivier Chabloz