La
cordiérite
La
cordiérite
possède des propriétés optiques surprenantes, dont les Vikings
tiraient déjà profit. On utilise aussi en bijouterie ce minéral, qui
reste
par ailleurs encore très méconnu.
Fiche
minéralogique
Système
cristallin :
orthorombique
Formule
chimique :
Al3 Mg2AlSi5O18
Habitus :
prisme
à base de rectangle massif, grenu, lamellaire, agrégats ou galets
Gisements
primaires
dans des roches métamorphiques et gneiss, secondaires alluvionnaires
Pays
producteurs :
Sri Lanka, Inde, Madagascar, Usa, Canada, Namibie, Tanzanie
Densité :
2,6-2,7
Dureté :
7
à 7,5
Cassure
conchoïdale,
strié et clivage difficile
Translucide
à
transparent
Eclat
vitreux
à gras
II
LE MINERAL
1.
FORMATION
Le
minéral
de cordiérite apparaît dans des roches acides et basiques. On le
trouve dans des sédiments argileux subissant un métamorphisme
thermique, ou
dans des zones de métamorphisme régional (gneiss). Il se rencontre
également
dans quelques roches magmatiques , des pegmatites granitiques
(norites à cordiérites)
dérivées d’un magma gabbroïque. A proximité on peut rencontrer de
l’andalousite, des spinelles, des corindons, des grenats. Les lieux
d’exploitations actuels sont l’Inde (Orissa), le Sri Lanka, le
Mozambique,
le Zimbabwe, Madagascar, le Brésil et anciennement la Norvège
(Kragerö) et le
Groenland.
2.
HABITUS ET CARACTERISTIQUES
Il
s’agit
d’un cyclosilicate aluminomagnésien (ou silicate de magnésium et
aluminium) cristallisant dans le système orthorombique. Sa structure
est
relativement proche de celle du béryl. Elle peut avoir un habitus en
forme de
prisme à base de rectangle, mais la plupart du temps on la rencontre
de manière
massive, grenue, en lamelle ou agrégats, voire en galets dans des
gisements
secondaires alluvionnaires.
Ce
minéral
translucide à transparent est anisotrope et a une particularité dans
sa structure cristalline qui polarise la lumière. On observe une
variation de
couleur selon les ondes transportées par le cristal. Ce phénomène
est le
polychroïsme sur lequel je reviendrais plus tard. Un cube de
cordiérite présente
donc une face bleu-violette, une autre plus claire comme de l’eau de
source et
jaunâtre en surface. Une de ses variétés se nomme du reste
« saphir
d’eau ».
Sur
des
zones altérées, la cordiérite est transformée en agrégat
microcristallin de chlorite et de sériotite, parfois appelée pinite,
et lui
donne une apparence rouillée. Cette même apparence se trouve le long
des
cassures, sur le clivage. Cette apparence extérieure prête à la
confondre
avec la jadéite grise et la rendant décorative, elle est parfois
sculptée
(art précolombien d’Amérique du sud)
On
constate
à l’intérieur des hâlons polychroïques jaunes autour des
inclusions de zircon. Elle peut aussi avoir des inclusions
ferrugineuses, elle
prend alors un aspect aventuriné rouge rappelant le sang (variété de
«cordiérite
sanguinolente » du Sri Lanka)
3.
ETHYMOLOGIE
Outre
les
deux noms de variétés (saphir d’eau et sanguinolente), la Cordiérite
tient son nom du géologue et minéralogiste français Pierre Louis A.
Cordier
(1777-1861). Sa découverte a été fixée en 1813 en Bavière
(Allemagne, à la
localité type de Bodenmais.
Lorsqu’elle
elle
est taillée elle se nomme iolite, du grec « ios » ou
« ion »
qui veut dire violet (nom de la fleur violette). Lorsqu’elle est
convenablement taillée, cette teinte polychroïste est mise en
évidence et lui
donne ce bleu légèrement pourpre avec des reflets rouge attrayants.
Ce
polychroïsme lui a valu un autre nom, la dichroïte, même s’il s’agit
dans
le cas de la cordiérite, de trichroïsme.
Cette
pierre
est aussi appelée « pierre du soleil » (solstenen) à cause
de son utilisation pour s’orienter dans les brumes des mers du Nord…
Dans
les textes il s’agit parfois de Tourmaline (également polychroïque )
ou de
simple quartz. Mais des recherches plus approfondies d’un chercheur
scandinave
(Thomas Ranska) tendent à confirmer qu’il s’agit de cordiérite. Ces
navigateurs utilisaient le premier filtre à polarisation au monde en
regardant
à travers une lentille faite en iolite, pouvant ainsi déterminer la
position
exacte du soleil.
4. POLYCHROISME
Ce
phénomène
de variation de la couleur est visible à l’oeil nu dans le
cristal de cordiérite. Ce jeu de polarisation de la lumière a donc
été utile
à la navigation et aux conquêtes de marins scandinaves…mais est un
casse tête
pour le lapidaire qui doit tailler le brut pour que la teinte
apparaisse au
mieux, bien scinder les variations d’ondes optiques. Le lapidaire,
lorsque la
cordiérite est employée en joaillerie, taille la table de façon à ce
qu’elle soit perpendiculaire à la direction d’absorption principale,
donnant une couleur dominante bleue, ce qui correspond à l’axe
pseudo-hexagonal du minéral. Sur un bijou, la pierre apparaît
bleutée et
laisse percevoir sur le côté un net reflet jaune. De nombreuse
autres pierres
sont polychroïques (annexe) et le lapidaire va selon la qualité de
la couleur
et le choix de la teinte, tailler la gemme avec une table parallèle
ou
perpendiculaire à la direction d’absorption .
Le
terme
polychroïsme se compose de la racine « poly = plusieurs »
et
« chrom = couleur ». Nous allons donc parler des deux
partie de ce
terme pour quelques explications de physique optique.
La
lumière
est une onde électromagnétique. Un rayon lumineux est composé de
toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : violet – indigo – bleu –
vert - jaune – orange -rouge . Chacune de ces teintes a une longueur
d’onde
bien déterminée entre 400 et 700 angström. Les couleurs du spectre
se
trouveront donc toujours au même endroit les unes par rapport aux
autres. Notre
œil perçoit les pierres selon les couleurs que celles-ci
transmettent. Une
pierre blanche incolore est une pierre qui nous transmet la totalité
des rayons
colorés du spectre de la lumière. Une pierre noire est une pierre
qui absorbe
la totalité des rayons colorés du spectre de la lumière. Une pierre
colorée,
enfin, absorbe une partie du spectre de la lumière et transmet
l’autre
partie. Outre la structure cristalline, la longueur du parcours
lumineux à
travers la gemme, se sont aussi les éléments chimiques
chromatophores
(idiochromatiques ou allochromatiques) qui absorbent des longueurs
d’ondes du
spectre lumineux et donneront sa couleur typique à la pierre.
Certaines
pierres
anisotropes ont la propriété de séparer le rayon de lumière qui les
pénètre en deux rayons réfractés. C’est pour cela que nous avons une
situation allumée-éteinte au polariscope et 2, voir 3 indices au
réfractomètre..
Ces rayons ont donc des indices différents et vibrent selon deux ou
trois plans
selon que les pierres sont uniaxes ou biaxes (1 ou 2 axes optiques).
Pour
certaines pierres de couleur les deux rayons réfractés peuvent
montrer des
couleurs différentes. Les deux rayons absorbent des parties
différentes du
spectre de la lumière (absorption sélective). Elles sont dites
polychroïques.
Les
pierres
uniaxes présentent deux plans de vibration principaux et on peut y
observer deux couleurs différentes : elles sont dichroïques.
Dans toutes
les directions perpendiculaires à l’axe optique, les pierres
montrent une même
couleur et dans la direction parallèle à l’axe optique par contre,
elles
peuvent prendre une autre couleur, plus ou moins nette et
complémentaire.
C’est pour cela que des rotations de 90 degrés sont nécessaires pour
observer le phénomène. Dans les directions intermédiaires on perçoit
des
couleurs mélangées.
Pour
mettre
en évidence cette particularité optique, on utilise le dichroscope
Cet
outil est composé d’un minéral de calcite qui sert de filtre
polaroïde. Son
fonctionnement est relativement simple. Il suffit de diviser le
rayon lumineux
en deux. Une partie vibre dans un sens et l’autre partie dans
l’autre sens.
Pour ce faire on utilise donc des filtres polarisants… un rhomboèdre
de
calcite limité par ses plans de clivage peut remplir cette tâche. A
cause des
propriétés biréfringentes du rhomboèdre de calcite la lumière
incidente est
dédoublée en 2 rayons de lumière perpendiculairement polarisées l’un
par
rapport à l’autre et sont visibles l’un à côté de l’autre dans
l’oculaire.
III
LA PIERRE FINE
1.
BEAUTE-DURABILITE-RARETE ( PRIX )
Cette
gemme
a un éclat vitreux, un peu gras sur la cassure conchoïdale. On peut
y
observer aussi une légère chatoyance. Elle a une teinte bleutée
limpide entre
autres à Madagascar, ce qui lui a valu ce nom de saphir d’eau. Des
élément
chromatophores idiochromatiques (Mg) teinte la pierre en bleu pâle
ou
d’autres éléments allochromatiques (Fe pour le noirâtre) et
inclusions, lui
donne d’autre variation de teinte et caractéristiques de la beauté,
par
exemple : la biotite, la pinite. Outre les variation de
couleurs plus ou
moins nette selon les spécimens, la cordiérite a d’autres caractères
de
beauté possible, même si ces effets sont assez peu fréquents.
Tout
d’abord
il existe des pierres avec un effet aventuriné. Des cristaux
tabulaires se trouvent dans le minéral (biotite=brun-noir,
muscovite=incolore,
pinite et magnétite noire=effet métallique). Il existe aussi des
pierres
chatoyantes dues aux inclusions rougeâtres (hématite ou
lépidocrocite) ou des
variations plus bleutée dues à des traces
d’inclusion de mica., en plaquettes ou en aiguilles. Ces
mêmes
aiguilles sont responsable d’astérime (formations en étoile) à 4 et
6
branches dans certaines cordiérites. Ce phénomène reste très rare et
sera
bien évidemment mis en valeur par une taille cabochon.
La
cordiérite
est assez fragile, avec un faible clivage et un plan de séparation
(macle) basal qui tend à se développer par altération. Elle est
relativement
dure, mais à protéger des chocs, car elle a une dureté de 7-7,5. La
cordiérite
est peu dense (2,6-2,7)
Elle
est
facile à trouver, et à un prix abordable Plus le bleu est de
qualité,
plus il est riche en couleur (une teinte du polychroïsme bien
nette), meilleure
est la pierre. Les cabochons sont moins chers (entre 5 et 15 fr. le
carat) et
les pierres taillées à facettes peuvent aller jusqu’à 25 fr. le
carat
(rarement plus), et dans les cas sans effets de chatoyance ni
d’astérisme ou
aventurinescence. C’est une fourchette de prix tout à fait
indicative, et je
signalerai encore que cette gemme est aussi utilisée dans la haute
joaillerie,
puisque Cartier propose des pièces avec de la cordiérite ! Une
cordiérite
facettée bleue du Sri Lanka pesant 15,6 carat se trouve à la
Smithsonian
Institution de Washington
2.
CONFUSIONS (AMIS ET FAUX AMIS)
Comme
je
l’ai déjà mentionné, autrefois elle était fallacieusement présentée
comme « saphir d’eau ». Elle peut donc être confondue avec
le corindon bleu, mais aussi avec la tanzanite, le spinelle
bleu , la
tourmaline bleue (indigolite), la benitoïte, la cyanite ou encore
des
imitations en verre.
Dans
le
domaine de la céramique, un procédé proche du coating existe pour
l’élaboration
d’une poudre de céramique à base de poudre de cordiérite et de
zircon
(annexe)… De cela peut éventuellement découler une application à de
l’émail.
Mélanie
Schmid
1.
BIBLIOGRAPHIE
-Guide
des
pierre précieuses Walter
Schumann,
ed.Delachaux et Niestlé, Paris 2000
-Roches
et
minéraux Frederick
H.
Pongh, ed. Delachaux et Niestlé, Paris 1979
-Roches,
cristaux
et minéraux Rosie
Hankin,
ed. succès du livre, 2002
-La
bible
des cristaux Judy
Hall,
ed Guy Trédaviel, 2004
-Larousse
de
pierres précieuses Pierre
Bariaud
et Jesn-Paul Poiret, ed. Larousse, 2004
-Optique
Eugène Hecht, ed.Mc Graw-Hill, Paris 1980
-BA-BA viking Bernard
Mariller,
ed. Pardes, 2001
-L’art
Viking Régis
Boyer, ed.la
renaissance du livre, 2001
-Lapis Mineral Magazin Jg 30 no10 octobre 2005